vendredi 1 novembre 2013

Le Temps : extrait sur les conditions climatiques en avril 1912

Mes précédents billets n'étaient que des reproductions d'articles de l'époque concernant les naufrages des paquebots Afrique et Titanic en 1920 et 1912. La lecture n'en est pas facile et je m'en excuse, ce sont de vieux papiers. Malgré tout, j'ai relevé dans le Temps, cet extrait, dans lequel j'ai souligné quelques expressions qui m'ont paru intéressantes, car à travers celles-ci, on comprend que la situation climatique était véritablement très préoccupante au moment de la traversée inaugurale du Titanic qui lui a été fatale.
Voici cet extrait :

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La quantité d'icebergs qui sont entraînés en travers de la route des transatlantiques au moment du printemps est d'ailleurs incroyable.

Les passagers du paquebot postal faisant le service du Labrador en comptent souvent jusqu'à deux ou trois cent par jour. En 1902, le vapeur Pélican, de la compagnie de la baie d'Hudson, croisa au large d'Ungava un iceberg de 15 kilomètres de long et haut de 80 mètres. En 1903, le vapeur Charybdys en trouva 78 dans la baie White; l'un d'eux atteignait 130 mètres de hauteur. Si l'on considère qu'un iceberg ne montre au dessus de la surface de l'eau que le huitième de son volume on peut imaginer la profondeur à laquelle ils s'enfoncent sous l'eau.

Or si l'on s'en rapporte aux renseignements fournis par les capitaines des navires qui ont effectué la traversée de l'Atlantique durant la semaine dernière, on voit qu'un vaste champs de glace s'est formé sur la route que suivent les transatlantiques.

Le Carmania, de la compagnie Cunard, rencontra jeudi dernier 25 icebergs. L'armateur Welsford, qui a traversé plus de cent fois l'Atlantique et a débarqué hier du Carmania, déclare que jamais il n'a vu autant de glaces descendre aussi loin au sud et en aussi grandes masses que durant son dernier voyage. Ces glaces constituaient de petites montagnes de surface très polie. Quand le brouillard se levait, par intervalles, on constatait que le Carmania naviguait, entre des banquises à bâbord et à tribord; quelques-unes, ayant progressivement fondu, dépassaient à peine de la surface de la mer. C'est ainsi que presque au même moment que le Carmania, le paquebot français Niagara eut sa coque percée en deux endroits au dessous de la ligne de flottaison.

Le Carmania et le Niagara ont aperçu un voilier et un bateau pêcheur emprisonnés dans le champ de glace, mais ne courant particulièrement aucun danger pressant. Le champ de glace se trouvait à quelque cent milles à l'est de Sandy-Hook.

C'est, de mémoire de marin, le plus vaste qu'on ait jamais vu dans ces parages. le Carmania entra dans le champ de glace, jeudi dernier, vers une heure, et après avoir vainement cherché une issue à travers les icebergs, fut obligé de revenir en arrière et de faire un immense détour vers le nord. Il contourna le champ de glace, qui avait une étendue de près de 100 milles.

Le vapeur français fut moins heureux. Il rencontra la glace vers le même moment que le Carmania, mais les icebergs lui firent deux brèches sous la ligne de flottaison; nombre de plaques sur les flancs du navire furent bosselées et endommagées.

A un moment donné, le capitaine du Niagarta considéra la position de son navire comme tellement critique qu'il envoya un message au Carmania, lui demandant du secours. Le Carmania allait se rendre à cet appel lorsque peu après, un nouveau message l'avertit que les brèches avaient été provisoirement bouchées et que le Niagara pourrait continuer sa route sans assistance.

On signale enfin que les paquebots Kura, Lord-Cromer et Armenian furent également endommagés par les glaces. De son côté, le paquebot Empress-of-Britain, actuellement à Liverpool, déclare que le champs de glace s'étend sur une distance de 160 kilomètres.

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Cet article a été publié le mercredi 17 avril 1912. Le jeudi auquel il est fait référence est donc le 11 du même mois, soit 3 jours avant le naufrage du Titanic.

Dans ces conditions difficiles, je me demande pour quelle raison le Titanic allait à la vitesse de 22 nœuds alors qu'il aurait du naviguer prudemment parmi ces champs de glace. Le capitaine Smith était-il un inconscient, ou suivait-il des ordres ?

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